LES TERRILS BORAINS

Sommaire



Introduction
L’écosystème
La végétation d'un terril.


A télécharger, le travail de fin d'études de Monsieur Frédéric MUSIN (Cliquez ci-dessous)



Le présent travail de fin d'études tente de répondre aux quatre questions suivantes :

  • Qu'est ce qu'un terril ?
  • Que peut-on faire d'un terril ?
  • Que peut-on faire des terrils du Borinage ?
  • Quel est l'usage le plus rentable globalement que l'on puisse faire des terrils du Borinage?

IGEAT-ULB
Frédéric Musin
Année académique 1999-2000



INTRODUCTION

Les charbonnages ont profondément marqué la vie et la physionomie du Borinage

Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le terroir est encore essentiellement agricole. Mais en quelques décennies, il se couvrira de puits de mines et d'installations liées à l'extraction, de maisons, de rues, de raccordements ferroviaires tissant de véritables toiles d'araignée, et, aussi de terrils.

Ces collines artificielles composées de roches stériles évacuées résultant de l’extraction de la houille (rejets provenant du percement des galeries, du lavage des charbons …), constituent, au cœur des agglomérations, les témoins les plus remarquables de l'extraction intensive de la houille qui en imprégna la vie du Borinage et en transforma radicalement le paysage pendant plus de cent cinquante ans.

L'agonie des charbonnages s'amorça dès la fin des années ‘50.

Les bâtiments d'extraction, les lavoirs, les bureaux tombèrent en ruines, certains furent démolis ou changèrent d'affectation.

L’habitat ancien fut amélioré, car, légitimement, on voulait plus de confort ; des cités avenantes furent construites ; de nombreuses villas sont apparues partout où des terrains restaient libres.

Les anciennes rues pavées - parfois avec des grès remontés en temps que la houille - furent recouvertes d'asphalte et promues au rang d'artères de grande circulation. Les trams disparurent. Les assiettes des raccordements ferroviaires industriels s'estompèrent, et progressivement furent envahies la végétation.

Certains terrils ont été rasés pour de multiples travaux de remblaiement, ou ont été utilisés pour la construction d’allées, de courts de tennis car les cendrées rouges de ceux qui se sont consumés lentement au plus profond de leur masse, sont très recherchées.

D'autres terrils ont attiré l'attention d'industriels. Il est, en effet, possible de les exploiter pour en retirer des quantités appréciables de matières combustibles destinées aux centrales thermiques ou aux cimenteries. Une telle opération ne fait cependant pas l'unanimité. La mise en route de tels chantiers entraîne de nombreuses gênes pour le voisinage sous la forme de dégagements de poussières, de bruit, de circulation intense de lourds engins.

Mais il est indéniable que, dans de nombreux cas, l'arasement d'un terril a été une opportunité salutaire pour le quartier au sein duquel il été implanté.

Toutefois, une majorité d'entre eux suivent un processus semi-naturel ou naturel d'évolution. Certaines directions de charbonnage avaient, pour diverses raisons - stabilisation des flancs, fourniture de bois de mines... - entrepris de les planter de robiniers, de bouleaux... Ces plantations artificielles ont souvent fort bien réussi. Dans d'autres cas, le retour de la végétation a été spontané et c'est ainsi que, de plus en plus, la nature reprend ses droits. L'observateur attentif peut constater une lente mais indéniable reconstitution du climax régional enrichi de quelques espèces recherchant la sécheresse et la chaleur. Les accumulations de " stériles" deviennent des biotopes de plus en plus riches et variés tant du point de vue faunistique que floristique.

Quelques terrils sont devenus des parcs publics. Ils sont fréquentés par des promeneurs mais aussi par des groupes scolaires qui viennent y apprendre la nature.

Destinés à entretenir la mémoire collective, ils sont devenus les espaces verts des corons. Au Borinage, les populations sont attachées à "leurs " terrils. Leur masse semble veiller, tutélaire, sur les maisons édifiées à leur pied.

Ainsi, le Borinage a pris un nouveau visage: celui d'espace résidentiel. De pays noir, il est devenu un pays vert, agréable à vivre. Mais ceux qui parcourent ces terrils dans le calme du sous-bois arrivent-ils encore à s'imaginer la façon dont ils ont été édifiés?

Les terrils sont une part de la mémoire du Borinage mais une part qui, lentement, s'idéalise, qui prend des formes peut-être même un peu trop idylliques. On ne pourra jamais oublier qu’hommes, femmes et enfants travaillèrent ici dans des conditions précaires, exposés aux éboulements, aux inondations et aux coups de grisou, sans législation protectrice. Que certains écourtèrent leur vie là où aujourd’hui la nature invite à la quiétude et à la joie de vivre.


ECOSYSTEME

La texture du terril est composée de matériaux meubles, friables : schistes, grès carbonifères, débris charbonneux…

Le terril forme un véritable écosystème, un milieu de vie bien particulier qui évolue et cette évolution s’explique par :

1°) Sa morphologie conditionnée par ses matériaux constitutifs, sa forme, sa perméabilité,
l’humidité du sol, les mouvements qu’il subit.
2°) La combustion.

Considérons brièvement ces divers facteurs et leurs influences.

2.1. La morphologie.

a) Matériaux constitutifs.

Dans le Borinage, les terrils sont formés de roches de la période carbonifère dont l’étage Westphalien forme des bassins houillers du Hainaut.

Les deux types de roches rencontrés sont :

  • les roches friables formées par les schistes houillers représentant 60 % du volume du terril.
  • les roches peu altérables formées par les grès houillers (micas) et les psammites (grès argileux).

Remarque : la couleur des roches houillères est noirâtre ou grisâtre. Elles sont riches en fossiles végétaux.

b) La forme des terrils.

On y rencontre deux formes extrêmes : les terrils plats et les terrils en cône. Il existe cependant une série de formes intermédiaires.

La forme et le volume des terrils vont évoluer conjointement aux perfectionnement des techniques d’exploitation.

  • du 12ème siècle au 17ème siècle : terril de fourfeyeux (de 3 à 4 m de hauteur).
  • du 18ème siècle au 19ème siècle : le volume des terrils augmente (< 100.000 m3), la hauteur varie entre 10 m et 15 m.
  • fin du 19ème siècle et début du 20ème siècle : volume supérieur à 100.000 m3, hauteur de 60 à 90 m

c) La perméabilité – L’humidité.

De par la texture grossière de ses éléments constitutifs, on a remarqué quelques conséquences importantes.

  • la perméabilité quasi totale du substrat entraînant une importante percolation ce qui explique l’existence d’une nappe aquifère sous-jacente au terril.
  • le ruissellement en surface est pratiquement nul.

Dès lors, la surface d’un terril sera très sèche. Néanmoins, il y aura de l’eau entre les gros cailloux (bloc de surface) et dans les ravines.

La colonisation végétale ne pourra s’effectuer que dans des conditions d’humidité suffisante c’est à dire au niveau des ravines, aux endroits protégés du soleil et des vents asséchant le sol.

d) Mouvement des terrils.

Le mouvement principal est un mouvement lent mais constant dirigé du haut vers le bas provoqué par l’eau, le gel, le dégel et la force de gravité, en quelque sorte un tassement.

Son importance est prépondérante puisque ce mouvement s’oppose à une colonisation rapide des végétaux. Sur ce sol instable, la végétation est très vite déracinée.

Remarque : Sur un tel substrat, on observe beaucoup de bouleaux à deux troncs. En effet, la plante entraînée par les mouvements du sol ne tarde pas à se déraciner en partie et l’axe principal s’incline le long de la pente.

Rapidement, il se développe un axe secondaire sur le coude formé à la base.

Le second mouvement est constitué par les glissements de terrain. Plus visible, rapide, il s’agit d’une partie de terril qui se détache pour glisser au pied de celui-ci. C’est pour cette raison que la hauteur réglementaire des terrils du Borinage est limitée à 80 – 90 mètres ce qui évite des ruptures de l’assise géologique supportant le terril.

Remarque : ce mouvement a été observé récemment au terril de l’Héribus.

2.2. La combustion.

a) Définition :

Il s’agit d’un phénomène général. En effet 80 % des terrils brûlent ou ont brûlé. Ce phénomène n’est pas tout à fait élucidé.

La combustion est liée au fait que 15 % du poids du terril est formé de matières combustibles. Quoique se produisant dans toute la masse du terril, elle est plus active au sommet. On voit parfois des dégagements de vapeurs d’eau et de sulfure d’hydrogène (H2S) sortant par des chancres .

Les températures sont très variables.

  • A sommet : de 40° à 100° dans les premiers cm.
  • de 200° à 700° à 90 cm de profondeur.
  • >
  • de 1300° à 2000° dans les grandes profondeurs.

La combustion est un phénomène très lent, certains terrils brûlent pendant un siècle. D’autre part, le volume du terril est important pour la combustion : 82 % des terrils de plus de 100.000 m3 brûlent. Seulement 10 % des terrils de volume inférieur à 100.000 m3 brûlent.

b) Conséquences de la combustion.

1) Sur le substrat.

La combustion entraîne le rougissement des schistes mais également une cohérence de ces schistes c’est-à-dire que l’on assiste à la formation d’agglomérats durs et cohérents.

La combustion provoque un tassement inévitable du terril. Dès lors, ils deviennent plus stables et donc plus facilement colonisables par la végétation.

2) Sur la végétation.

La combustion des terrils est un élément fondamental quant à l’installation de la végétation.

Les zones de combustion sont colonisées par une flore tout à fait particulière (thermophile). Les végétaux forment un anneau autour des zones encore actives. Cette flore " bouge " avec la zone de combustion qui est itinérante. On assiste dons à une zonation floristique selon la présence d’une zone de combustion.

On a constaté de façon générale que toute végétation ligneuse disparaît très vite au contact de la combustion.

" En fait, en observant le peuplement végétal d’un terril, on pourrait tracer l’itinéraire suivi par la zone de combustion interne. ".


VEGETATION