Les charbonnages ont profondément marqué la vie et la physionomie du Borinage
Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le terroir est encore essentiellement agricole. Mais en quelques décennies, il se couvrira de puits de mines et d'installations liées à l'extraction, de maisons, de rues, de raccordements ferroviaires tissant de véritables toiles d'araignée, et, aussi de terrils.
Ces collines artificielles composées de roches stériles évacuées résultant de l’extraction de la houille (rejets provenant du percement des galeries, du lavage des charbons …), constituent, au cœur des agglomérations, les témoins les plus remarquables de l'extraction intensive de la houille qui en imprégna la vie du Borinage et en transforma radicalement le paysage pendant plus de cent cinquante ans.
L'agonie des charbonnages s'amorça dès la fin des années ‘50.
Les bâtiments d'extraction, les lavoirs, les bureaux tombèrent en ruines, certains furent démolis ou changèrent d'affectation.
L’habitat ancien fut amélioré, car, légitimement, on voulait plus de confort ; des cités avenantes furent construites ; de nombreuses villas sont apparues partout où des terrains restaient libres.
Les anciennes rues pavées - parfois avec des grès remontés en temps que la houille - furent recouvertes d'asphalte et promues au rang d'artères de grande circulation. Les trams disparurent. Les assiettes des raccordements ferroviaires industriels s'estompèrent, et progressivement furent envahies la végétation.
Certains terrils ont été rasés pour de multiples travaux de remblaiement, ou ont été utilisés pour la construction d’allées, de courts de tennis car les cendrées rouges de ceux qui se sont consumés lentement au plus profond de leur masse, sont très recherchées.
D'autres terrils ont attiré l'attention d'industriels. Il est, en effet, possible de les exploiter pour en retirer des quantités appréciables de matières combustibles destinées aux centrales thermiques ou aux cimenteries. Une telle opération ne fait cependant pas l'unanimité. La mise en route de tels chantiers entraîne de nombreuses gênes pour le voisinage sous la forme de dégagements de poussières, de bruit, de circulation intense de lourds engins.
Mais il est indéniable que, dans de nombreux cas, l'arasement d'un terril a été une opportunité salutaire pour le quartier au sein duquel il été implanté.
Toutefois, une majorité d'entre eux suivent un processus semi-naturel ou naturel d'évolution. Certaines directions de charbonnage avaient, pour diverses raisons - stabilisation des flancs, fourniture de bois de mines... - entrepris de les planter de robiniers, de bouleaux... Ces plantations artificielles ont souvent fort bien réussi. Dans d'autres cas, le retour de la végétation a été spontané et c'est ainsi que, de plus en plus, la nature reprend ses droits. L'observateur attentif peut constater une lente mais indéniable reconstitution du climax régional enrichi de quelques espèces recherchant la sécheresse et la chaleur. Les accumulations de " stériles" deviennent des biotopes de plus en plus riches et variés tant du point de vue faunistique que floristique.
Quelques terrils sont devenus des parcs publics. Ils sont fréquentés par des promeneurs mais aussi par des groupes scolaires qui viennent y apprendre la nature.
Destinés à entretenir la mémoire collective, ils sont devenus les espaces verts des corons. Au Borinage, les populations sont attachées à "leurs " terrils. Leur masse semble veiller, tutélaire, sur les maisons édifiées à leur pied.
Ainsi, le Borinage a pris un nouveau visage: celui d'espace résidentiel. De pays noir, il est devenu un pays vert, agréable à vivre. Mais ceux qui parcourent ces terrils dans le calme du sous-bois arrivent-ils encore à s'imaginer la façon dont ils ont été édifiés?
Les terrils sont une part de la mémoire du Borinage mais une part qui, lentement, s'idéalise, qui prend des formes peut-être même un peu trop idylliques. On ne pourra jamais oublier qu’hommes, femmes et enfants travaillèrent ici dans des conditions précaires, exposés aux éboulements, aux inondations et aux coups de grisou, sans législation protectrice. Que certains écourtèrent leur vie là où aujourd’hui la nature invite à la quiétude et à la joie de vivre.