Il est toujours malaisé et aléatoire de délimiter une entité géographique. Tout dépend des critères que l'on choisit et de l'importance qu'on leur donne. Le Borinage est, à cet égard, un exemple criant.
A défaut d'indiscutables facteurs de cohésion interne, on peut parfois procéder à une définition par l'extérieur, par élimination de tout ce que la région n'est pas. C'est ainsi qu'il faut procéder dans ce cas.
Le Borinage constitue une entité géographique aux contours particulièrement flous. Le terme, qui ne semble apparaître qu'aux XVIIe-XVIIIe siècles n'a jamais recouvert une réalité politique ou administrative. Peut-être s'agit-il d'un néologisme de cette époque à l'instar du terme Wallonie qui apparaîtra en 1844 sous la plume du Namurois J. Grangagnage ?
Limité dans un premier temps à quelques anciennes localités houillères telles que Cuesmes, Jemappes, Quaregnon, Wasmes et Pâturages, le Borinage s'est étendu ensuite à d'autres villages voisins comme Flénu, Frameries, La Bouverie, Hornu et Wasmuël.
Cet ensemble parfois dénommé par des géographes " le vieux Borinage " semble reconnu par la majorité de ses habitants comme étant effectivement " Le Borinage ".
Habitants, qui selon les humeurs et les époques, ont quelque fois préféré s'en démarquer, allez savoir pourquoi !
Cependant, le Borinage, peut aussi recouvrir tout l'ancien bassin charbonnier dit du " Couchant de Mons ".
Ce " Borinage économique ", intègre alors d'autres villages houillers tels que Dour, Elouges, Wihéries, Warquignies, Hensies (voire Bernissart), Tertre, Ghlin et d'autres encore.
En outre, depuis les fusions de communes en 1976, les " vraies " entités boraines ont été ammenées à absorber les villages plus ruraux de la région frontalière du " Haut-Pays " ou encore les villages du versant nord de la vallée de la Haine que l'on dénommait jadis " les pa d'là yau " (Au delà de l'eau ; au delà de la Haine) ou encore les " Manous " (probablement pour " manouvriers ", ouvriers manuels ou manoeuvres sans qualification particulière, en opposition à ceux qui usaient, au Borinage, de machines construites dès le début de la révolution industrielle et qui avaient reçu le titre d'ouvrier qualifié).
Bref, on comprend maintenant mieux pourquoi la définition géographique du terroir est particulièrement risquée et complexe.
Et Mons ? Mons est complètement étranger à cet espace. Depuis les événements sociaux de 1893, où la garde civique montoise ouvrit le feu sur des manifestants borains, Mons n'est pas le bien venu dans le " cercle " borain. Même si avec le temps, on oublie, on n'hésite pas à parler de la région " Mons - Borinage " afin de bien insister sur le fait qu'il y a Mons et le Borinage.
Quant à Saint-Ghislain, c'est un territoire hybride relié au Borinage par Tertre et aux espaces ruraux plus septentrionaux par Baudour. Mais, de toute manière, à Saint-Ghislain, on ne se fait jamais prier pour entonner l'hymne local qu'est " On est borègne, ou on l'est nié ".
Alors … finalement qu'est ce que le Borinage ? Eh bien … en gros c'est un quadrilatère d'une dizaine de kilomètre de longueur et de 6 ou 7 de largeur situé à la fois à l'Ouest de Mons et sur le versant sud de la vallée de la Haine … Là y vivent les Borains et les Boraines qui, malgré les sérieuses études étymologiques, resteront encore longtemps sur leur faim quant à l'origine de ces vocables venu d'où l'on ne sait où ...